Terres agricoles en Mayenne – 18 hectares en moins à Bonchamp-lès-Laval

Cet article a été publié sur leglob-journal le 20 septembre 2020.

Le difficile mais nécessaire équilibre de l’occupation des sols… Quand la « transition écologique » est dans l’air du temps et qu’il faut changer nos habitudes en matière d’occupation des sols. Vendre et acheter plusieurs hectares de terres agricoles… N’a-t-on pas lu et entendu que l’agriculture perdait beaucoup trop d’espaces en terres cultivables ? Certaines organisations agricoles parlent même « d’accaparement du foncier… » A Bonchamp-lès-Laval, plus de 18 hectares de terres agricoles ont ainsi été vendus à un promoteur immobilier lavallois.

Toujours moins de terres agricoles en Mayenne

Par Thomas H.

Le « vendeur » que nous avons sollicité ne s’expliquera pas. Il ne nous dira pas par exemple pourquoi il se sépare de ces terres où les chevaux se sont entraînés des années durant. L’épouse de Didier Pillon a décidé de ne pas répondre aux sollicitations du Glob-journal.

Au total ce sont 18 hectares, 5 ares et 36 centiares situés au lieu dit La Tessonnière qui vont connaître une nouvelle vie. Isabelle Dreux, l’épouse de celui qui fut le candidat malheureux à la mairie de Laval, est « le vendeur». Quant à « L’acquéreur», il se nomme Coop Logis. « Nous achetons ce qui est en vente, c’est notre métier», explique Jean-François Rollet, directeur commercial à Coop Logis, « société coopérative d’HLM appartenant au Groupe Action Logement. Créée en 1964 en Mayenne, elle est devenue filiale de La Nantaise d’Habitations en 2014 et a ainsi élargi son intervention sur la Loire-Atlantique. » peut-on lire sur son site internet.

L’entrée de La Tessonnière, où se trouve les 18 hectares de terres agricoles – © leglob-journal

Sur le document annonçant la vente avant les élections municipales et que leglob-journal a pu se procurer, on peut lire qu’il n’existe « aucun bâtiment » sur le terrain en question. Selon Société.com, « L’établissement, situé au lieu dit La Téssonnière est le siège de Indivision Elevage Gede . Créé le 17 août 2011, son activité est l’élevage de chevaux et autres équidés. Au 31 décembre 2019, cet établissement n’emploie aucun salarié. » écrit le site sur internet. Il faut donc mettre tout au passé…

Un montant conséquent

Le montant de la transaction est important. Il se monte à « 3,6 millions d’euros ». Soit en fait, après un rapide calcul, 200 000 euros l’hectare. C’est d’ailleurs la première chose qui frappe, ce chiffre conséquent, car selon la classification effectuée par les organismes officiels, le prix de vente d’un hectare de terre agricole varie entre 5000 et 10 000 euros. Le bas de la fourchette pour un « pré régulièrement inondable par exemple » et le haut du pavé pour « une terre saine, profonde, souple et labourable ». Mais 200 000 euros l’hectare, « il est rare d’atteindre des montants aussi importants... » commente ce spécialiste du monde agricole.

Pourtant pour Jean-François Rollet, directeur commercial à Coop Logis, qui a dirigé l’opération : « Ce foncier était à vendre , notre métier c’est le logement… Quant au prix, il n’est pas décorrélé du marché sur le secteur de Laval… Et nous n’avons pas vocation à faire des opérations non-équilibrées... »

Interrogé par leglob-journal, le maire de Bonchamp-lès-laval lance d’emblée qu’« il s’agit d’une vente privée… », histoire de montrer sa réticence à s’exprimer. Puis Gwenaël Poisson qui, finalement, a bien voulu répondre aux questions du Glob-journal explique qu’il s’agit, selon lui, de la part de Coop Logis d’un « investissement sur l’avenir (…) le terrain n’est pas constructible jusqu’en 2030 et à part une toute petite partie de ces terres, Coop Logis ne peut pas lotir.», explique-t-il. Effectivement « Tout n’est pas constructible en effet, nous dit Jean François Rollet, seulement un tiers des terres. Mais rien n’est défini pour le moment en terme d’aménagement du secteur. Aujourd’hui, nous n’avons pas sur ce lot de projet à court terme, et c’est une opportunité comme une autre… » Pourquoi alors acheter ces terres dont 12 hectares qui resteront agricoles pendant encore dix ans ? Un placement sur le long terme? Selon le maire de Bonchamp « Coop Logis qui à déjà construit sur sa commune fait un pari sur l’avenir, raconte Gwenaël Poisson, le promoteur a souvent fait ça… » Coop Logis a réalisé « plusieurs tranches de lotissement sur la commune » reconnaît l’élu bonchampois. Et prépare d’autres programmes immobiliers. « Celui qui s’achève actuellement sur Bonchamp remonte à dix ans à l’arrière. » avance Jean-François Rollet.

Au bout du chemin… – © leglob-journal

Pourrait-il y avoir un changement d’appellation dans le cadre d’une révision du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) ? Là, Gwenaël Poisson est catégorique : « Pas en tous cas tant que je serais maire, lance-t-il, le PLUI courre jusqu’en 2030… Bien-sûr un nouveau maire pourrait le décider localement avec son conseil municipal. Il pourrait décider, en fait, de voter le changement de destination des terres, mais c’est compliqué pour la suite : il faudrait qu’il y ait consensus dans le cadre de Laval Agglomération, et surtout unanimité pour opérer un tel changement… » avance celui qui est vice-président Emploi et Insertion dans la collectivité présidée par Florian Bercault le nouveau maire de Laval. Alors, est-ce un très gros risque que prend Coop Logis ? Réponse du représentant du promoteur immobilier basé à Laval : « Pas du tout, l’avenir nous le dira… ».

 » 65 % de Laval Agglomération est occupée par des terres agricoles

…et certains propriétaires ne souhaitent pas établir de baux à long terme avec de nouveaux agriculteurs au cas où les terres deviendraient constructibles. » Source Diagnostic agricole 2017

Miser sur le long terme

Selon le diagnostic agricole établi en Juin 2017, une sorte de grand recensement des terres au niveau départemental effectué pour l’élaboration du PLUI « 65 % de Laval Agglomération sont occupés par des terres agricoles…et certains propriétaires ne souhaitent pas établir de baux à long terme avec de nouveaux agriculteurs au cas où les terres deviendraient constructibles. »… Ce qui freine bien évidemment les possibilités d’installer de nouveaux agriculteurs. En dix ans de 2000 à 2010 le nombre d’exploitations agricoles est passé de 38 à 33…

En matière d’ immobilier, le processus de l’offre nouvelle est de nos jours une initiative souvent prise par le promoteur lui-même. Sa connaissance de la demande sur le marché local, et de la disponibilité du foncier, ici le terrain de 18 hectares de terres agricoles qui allait se libérer, est le support essentiel de toute opération. A Coop Logis, on estime qu’il faut, en quelque sorte miser sur le long terme.

Didier Pillon, le mari du « vendeur« , c’est-à-dire Isabelle Dreux, quand il était candidat à la mairie de Laval estimait que dans les villes « il faudra faire attention de plus en plus aux constructions.» C’est ce qu’il avait déclaré devant un parterre de décideurs dans une réunion conjointe Medef-Made in Mayenne. C’était avant les élections municipales quand tous les candidats avaient été invités à dire ce qu’ils comptaient faire dans le cas où ils seraient élus : « Je pense, avait-il ajouté, que plus on arrêtera de construire en largeur mieux cela sera, pour éviter de s’étaler. Il ne faut pas que soit négligé la densification mais il faut créer aussi des poumons verts dans les espaces urbains… »


Cet article est paru sur le site du « Leglob-journal« , que nous remercions chaleureusement d’avoir permis la reproduction ici. A notre connaissance, aucun autre média n’a évoqué cette vente et ses possibles conséquences… Nous nous sommes contentés d’ajouter une cartographie des terres concernées pour que chacun puisse s’y retrouver facilement.

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